En attendant la reprise des compétitions en juin, Pascal Bornand de la Tribune a contacté Fatim! A lire.

Elle saute loin et pense bien Fille du vent, Fatim Affessi a fait du temps qui passe son allié

Confinée au Texas, la Genevoise du CAG ne s’est pas croisé les ailes. Étudiante en psychologie, elle a obtenu son diplôme universitaire en attendant de reprendre son envol. Jusqu’à Tokyo?

Pascal Bornand

Pour Fatim Affessi, la course au bachelor a été sa compétition du printemps.
Pour Fatim Affessi, la course au bachelor a été sa compétition du printemps.LDD

Pour un sportif, le temps qui passe est un allié lorsqu’il sait ne pas s’empresser. Mais l’impatience est souvent le propre du champion. Alors, le temps qui tarde, qui s’arrête quand sévit le Covid-19, peut devenir un ennemi, un contretemps. Par nature sans doute, parce que la vie n’est pas un tapis roulant que l’on règle à sa guise, Fatim Affessi (26 ans) a préféré en faire le compagnon de ses galères et de ses rêves. «À chacun de prendre son propre temps pour trouver ses marques», affirme l’athlète du CA Genève, confinée depuis cet hiver sur le campus de la West Texas A&M University.

C’est le credo de Fatim, recordwoman suisse du triple saut et toute fraîche bachelière en psychologie. À 16 ans, la collégienne avait franchi 6 mètres en longueur et cet exploit précoce lui promettait la lune. «C’est un diamant brut, elle ira loin», prédisait Chantal Freund, découvreuse de talents et maman poule. Dix ans plus tard, la patine du temps a fait son œuvre et l’universitaire a fait son chemin. Sans hâte même si la jeune femme court le 100 m en 12’’10. Le bonheur est là, encore en pointillé; reste LE saut à accomplir, celui qui lui mettra des étoiles plein les yeux. «Il viendra», dit-elle avec une assurance qu’on ne lui connaissait pas. Cette fois, sans trop de vent, espère-t-elle. Pas comme à Bradenton, en 2017, quand ses 6,68 m étaient partis en poussière dans le ciel de Floride.

Une vie pas si paisible

Grâce à un coup de grelot numérique, on a retrouvé Fatim Affessi à Canyon, une cité paisible comme elle, loin de l’univers impitoyable de Dallas, là où elle étudie depuis trois ans. Elle sourit. La vie d’une boursière n’est pas si tendre que cela. «Il faut toujours être au top. Les mauvaises notes ne pardonnent pas, comme les résultats sportifs. Ici, la concurrence est acharnée, on peut vite être remplacé par quelqu’un de plus performant. C’est beaucoup de stress», confie-t-elle.

Avant de bondir au Texas, la Genevoise avait déjà sauté loin au Bout-du-Monde.
Avant de bondir au Texas, la Genevoise avait déjà sauté loin au Bout-du-Monde.© Maurane Di Matteo.

Le printemps dernier, trop de pression l’avait mise à plat. Diagnostic: système immunitaire affaibli et fatigue chronique. «Je croyais que c’était dans la tête! J’ai dû arrêter la compétition, renflouer mon stock de globules blancs et prendre mon mal en patience. Je suis persévérante, je ne lâche rien, j’abandonne rarement», raconte-t-elle. C’est ainsi qu’elle a passé sa jeunesse, en s’accrochant, souvent livrée à elle-même. «J’ai dû apprendre très tôt à prendre mes responsabilités, à faire les courses, à payer mes factures avec de faibles ressources. Heureusement, Chantal était là. Elle m’a accompagnée, elle m’a toujours poussée. Et puis, il y a Michel Patry, le président du CAG. C’est mon mentor, il me suit, il m’encourage, il m’épaule.» Pour autant, elle ne se lamente pas. Non, ce n’est pas la Cosette des sautoirs!

Je pense avoir encore une bonne marge de progression. En tout cas, je ne suis pas en train de reculer»Fatim Affessi

Cette existence instable explique son inconstance, sa scolarité difficile, ses sautes d’humeur, ses sauts longtemps désordonnés, sa carrière sportive en dents de scie. Fatim Affessi est tout à la fois fragile et forte. Tenace, elle a obtenu sa maturité en six ans. Résiliente, elle a toujours su rebondir quand on l’imaginait ensablée, en bataille avec ses marques. Ses records (6,45 m et 13,49 m) ne seraient-ils alors que des esquisses, des promesses? «J’ose l’espérer. Je pense avoir encore une bonne marge de progression. En tout cas, je ne suis pas en train de reculer», répond-elle en riant.

Oui, elle se donne du temps, en fait l’éloge, en tire profit. En traversant l’Atlantique – après un crochet par l’Allemagne, où elle s’était rendue auprès de son père pour entamer des études en économie -, elle a pris un nouvel élan. «Chantal m’a transmis les bases, mais j’avais besoin d’autre chose, d’un travail plus poussé. Elle a trouvé ce qu’elle cherchait auprès de Ryan Gibson, son coach texan. «Contrairement à la mentalité US, qui privilégie généralement la charge d’entraînement, il mise aussi sur la qualité», se félicite-t-elle.

Du plomb, elle en a surtout mis dans sa tête, grâce à ses cours de psychologie. «Ils m’ont aidée à travailler sur moi-même, à gagner en confiance», dit-elle. Comme pour beaucoup d’autres athlètes, sport et études font bon ménage. Combinées, les deux voies se rejoignent au bout de la piste, à l’heure des examens. «On a besoin de se projeter pour accepter les efforts et la discipline que demandent les deux activités. J’ai trimé en ligne pour obtenir mon bachelor. C’était ma compétition du printemps!» La cérémonie de remise des diplômes a eu lieu virtuellement et elle recevra le précieux document par la poste!

Dans les stades universitaires américains, Fatim Affessi a connu les honneurs.
Dans les stades universitaires américains, Fatim Affessi a connu les honneurs.LDD

Mais attention, la course n’est pas finie. Fatim Affessi se cherche une nouvelle école pour se lancer dans un master, avec spécialisation en logopédie. Et un club pour sauter plus loin. Jusqu’à Tokyo?

«Tout va bien, tant que l’envie est là»

Carte de visite

Fatim Affessi

Née le 8 juillet 1993

Club: CA Genève

École: West Texas A & M University

Entraîneurs: Chantal Freund, puis Ryan Gibson

Records personnels: 12’’10 sur 100 m, 6,45 m au saut en longueur, 13,49 m au triple saut (record de Suisse)

Palmarès: 3e aux Jeux de la Francophonie 2017 (longueur). Championne de Suisse 2017 (longueur et triple). Trois fois meilleure athlète indoor de l’année en NCAA Division II.

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